Depuis un quart d’heure, il tourne en rond dans l’appartement. Elle ne devrait plus tarder à arriver maintenant. Il est tendu, anxieux. Il a hâte de savoir comment s’est passé son “rendez-vous” et quelque chose de désagréable lui tenaille le bide. Ils s’étaient pourtant mis d’accord, ça lui paraissait simple en fait sur le moment. Elle devait retrouver le type pour récupérer l’argent, en échange d’un “service sexuel”. C’était le seul moyen, ou ils auraient dû renoncer à la somme. C’est vrai, ils auraient pu renoncer… Mais ça paraissait si simple. Elle n’avait pas mis longtemps à se décider à y aller. Il avait vite mis de côté une hypothétique jalousie. Après tout ils avaient confiance l’un dans l’autre. Ces quelques minutes ne pouvaient pas avoir de bien grandes conséquences.
Pourtant, depuis un quart d’heure, qu’il tourne en rond, dans l’appartement (Merde, elle devrait déjà être là…), les “et si” s’accumulent doucement dans sa gorge et viennent gâcher sensiblement l’apparente simplicité de leur plan. En entendant enfin le bruit de sa clé dans la serrure, il s’asseoit nonchalamment à la table de la salle à manger et remet ses lunettes, l’air de rien, comme s’il n’avait pas quitté son journal.
Elle entre, une sacoche de cuir à la main, pose ses clés et ses lunettes dans le vide poche de l’entrée. Elle entre comme on rentre du supermarché, comme on rentre du travail. Le rythme de ses pas, le même ; les gestes machinaux, les mêmes. Elle appelle “Lars ?”, mais comme elle tourne au coin de la cuisine, elle l’aperçoit déjà qui lève son visage vers elle, interrogateur.
Les battements de son coeur se sont un peu accélérés. Il a envie de savoir comment ça s’est passé. Mais en fait non. Il ne sait pas trop ce qu’il redoute. Qu’elle ait aimé ? Qu’elle en garde une trace, comme une partie nécrosée de leur couple ? Qu’elle ait des images de sa queue, à lui, quand ils baiseront dorénavant ? D’un hochement du menton vers elle il lance un “Alors ?”, un peu plus agressif que ce qu’il aurait voulu.
Elle, soulève la sacoche et la pose sur la table, en guise de réponse.
Mais il s’en fout, il s’en fout maintenant du fric. Ce qu’il veut savoir c’est “Alors ???? T’as aimé ça hein ? Il t’as bien baisée cet enculé ?” Et il se jette sur elle. L’attrape par les cheveux, une main sur sa gorge, prêt à l’étrangler. Il la pousse brutalement contre la table et l’embrasse à pleine bouche. Il a envie de lui montrer. Il ne sait pas bien quoi mais… il va le faire quand même. Il n’a pas vraiment envie de faire l’amour. Il veut lui montrer. Lui… montrer quoi ?
Elle, elle n’a encore rien dit, rien fait. Une fois sa bouche libérée, elle regarde, interdite. Elle plonge ses yeux dans les siens et ne sait trop qu’y lire. Prise de court ; elle n’avait pas vraiment imaginé les choses comme ça. Mais elle sent que cette rage pourrait s’avérer libératoire. Alors elle ne dit rien et tente d’être là où il veut la mettre, être son exutoire. Elle enlève son chemisier, son regard toujours planté dans celui de Lars, aux aguets.
Lui, esquisse un rictus… Une main toujours fermement serrée sur la gorge de Véra, il empoigne ses seins. Fiévreusement, il les malaxe brutalement. Lui, il va la baiser pour de bon. Elle va voir ce que c’est. Il voudrait lui dire. Lui hurler tout ça. Mais ça reste coincé dans sa gorge. De sa mâchoire serrée ne sortent que de faibles grognements. Mais il n’en pense pas moins. Il dégrafe son jean et en quelques secondes le lui retire, avec ses chaussures de pute là. Ses dix centimètres de cuir vernis. Salope.
Elle est donc étendue là, en sous-vêtements, sur la table en bois. Ses jambes, légèrement écartées, ne touchent plus le sol. Elle l’attend, incapable de la moindre initiative, suspendue entre crainte et désir. Elle lève son visage vers lui et laisse sa bouche se déformer en un sourire nerveux.
Il la gifle. Oh non, pas si fort. Mais enfin. Il la gifle. Tout prêt à regretter son geste, une fraction de seconde.
Elle sourit. Un peu plus franchement. Ses yeux se font lubriques. Elle a saisi.
Alors sa colère cède totalement au désir et la dernière trace de mépris qui lui reste, il va l’exploiter à son profit. Une main sur son sein épais, l’autre sur sa hanche, il plonge sa bouche sur celle de Véra et enfonce sa langue entre ses lèvres. Férocement. Mais avec gourmandise. Il lèche sa langue, sa bouche, glisse vers son cou qu’il mordille avec force, sur ses seins, qu’il parcourt de leur creux à leurs pleins et mordille leurs extrémités avant de les saisir tous deux à pleines mains pour mieux les palper et les sous-peser.
Elle, ne bouge presque pas, appuyée sur ses coudes, elle n’est pas libre de ses mouvements. Aussi, tout son corps se tend dans une offrande muette. Elle ouvre sa bouche pour accueillir la langue de Lars et tout ce qu’il voudra y mettre, comme sa chatte, dès à présent trempée et absolument accessible.
Lui a perçu son changement d’attitude et ses mains deviennent affolées. D’un coup sec il arrache sa culotte et plonge ses doigts dans son sexe. Il va et vient, rapidement. Puis, une main arrimée sur son sein, glisse sa bouche sur sa vulve humide et se met à la lécher goulument. Comme elle écarte ses cuisses, il la retrouve salope comme il l’a aimée. Pas la méprisable salope qui couche pour de l’argent mais la délicieuse salope avec laquelle il a baisé avec avidité presque chaque jour depuis qu’il l’a rencontrée.
Elle commence à gémir. Et de plus en plus fort. Elle crève d’envie de sentir sa bite entre ses cuisses mais ses caresses délicieuses la paralysent. Elle veut qu’il continue mais elle veut qu’il la pénètre. Coincée entre ses désir, elle ne bouge plus d’un centimètre, il peut bien faire ce qu’il veut. D’avoir dû offrir son corps sans plaisir, ses sens sont maintenant suréveillés et prêts à faire feu de tout bois. Elle jouit rapidement.
Alors il la pénètre. Violemment, profondément. Puis il ne bouge plus. Comme pris de doute. Des images qu’il s’est construites en son absence refont surface. D’autres pénétrations qui ne l’impliquaient pas. Les yeux dans le vague. Il doute de lui, il doute d’elle, de son désir à elle.
Véra s’impatiente. Elle le veut. Maintenant. Et donc sans réfléchir, elle le repousse, saute de son promontoire pour l’y allonger à sa place. En quelques mouvements, elle le pousse sur la table, l’y allonge et grimpe sur lui. Accroupie sur le bassin de Lars qui ne proteste pas elle s’empale sur lui. Et entame un savant et sportif va et vient qui fait grincer le bois. D’abord lentement, comme sa position l’y contraint, puis, reposant ses genoux, de plus en plus vite.
Il ne pense plus qu’à elle. Le spectacle de ses seins qui tressautent en rythme, les contractures de son visage et sa bouche qui se déforme, laissant s’échapper de petits cris. Elle le veut. Il en soupire d’aise et bouge son bassin à l’unisson. Reprenant peu à peu possession de sa conscience et de son corps, il tend les mains pour la caresser tandis qu’elle se donne en spectacle sans honte aucune, relevant ses cheveux derrière sa nuque pour lui donner le loisir de la regarder sous toutes les coutures. Alors qu’il ne bouge presque pas, il a l’impression de la posséder entièrement. Tout ce qu’elle fait, elle le fait pour lui. Et il se laisse aller à son plaisir. Bouge son bassin de plus en plus frénétiquement. Jusqu’au moment où il glisse son bars autour de ses hanches pour la maintenir tandis qu’il pilonne en rythme saccadé. Il s’accroche à elle de toutes ses forces et accélère encore. Plus vite. Et encore plus vite. Jusqu’à l’orgasme qui ne tarde pas à venir.
Et alors ils se laissent tous deux choir sur le bois de leur table commune qui est restée debout. Mais comme il tourne la tête sur le côté, c’est la sacoche de cuir qui est tombée.
Mademoiselle Sarah