Arlette, c’est une gamine de 17 ans. Dans son lycée, elle passe pour une fille délurée. Celle qui boit de l’alcool, qui fume, qui couche. Auprès de ses copines elle a comme une aura. Tout ça c’est grâce à son frère surtout. Son frère il a 25 ans et il la laisse traîner avec lui et ses potes. Elle se fait charrier la plupart du temps mais elle observe, elle assimile les codes, les références. Son frère et ses potes ils font de la musique. Du rock. Et elle va souvent aux concerts avec eux. Elle connaît les groupes biens, elle porte les fringues qu’il faut. Tout le monde l’aime bien en fait, parce qu’elle est pas idiote non plus. Elle est même plutôt maligne pour une fille de son âge. Enfin c’est comme ça quoi… Arlette aime traîner avec des gars plus âgés.
Là, elle va à une soirée. C’est les potes de son frère qui l’ont invitée. Mais son frère est pas là cette fois, parti surfer dans les Landes.
Ce soir, Arlette elle a décidé de mettre le paquet. Robe courte et moulante, faux-cils et gloss, ses cheveux bouclent en cascade dans son dos. Quand elle arrive on ne voit qu’elle. Elle aperçoit les regards des garçons qui se tournent plus ou moins discrètement vers elle et elle se sent grisée. Pour fêter ça, elle enquille une première bière. Elle a envie de s’amuser, de dire des bêtises, de faire admirer ses fesses et de boire toute la nuit. Elle boit d’autres bières, potine avec des copines et progressivement, les garçons viennent la brancher. Au début elle s’en fout un peu, elle joue juste pour le sport. Elle observe le jeu de la séduction. Et puis l’alcool aidant, les regards se font plus insistants, les frôlements plus fréquents, et elle, tout ce manège autour d’elle ça lui monte à la tête, elle a envie d’attiser le feu.
Et elle a remarqué ce mec. Un type qu’elle n’avait jamais vu. Grand avec un air vaguement patibulaire, le regard très dur. Il ne sourit pas lui. Pourtant il lui parle gentiment. Pour se la raconter un peu, elle dit qu’elle compose de la musique. Auteur-compositeur-interprète ouais, tu vois le délire ? Enfin je fais mes trucs quoi. Le mec il s’appelle Jules et il est producteur, c’est lui qui s’occupe des Backyard Dolls. Putain, s’il se met à poser des questions trop techniques elle va passer pour une conne. Alors elle sort fumer une cigarette en espérant qu’il n’a pas remarqué l’hésitation sur son visage.
Dans la cour où tout le monde fume sa cigarette, ça rit fort, ça gueule un peu, tout le monde parle très vite. Elle a encore une bière à la main et la tête commence à lui tourner un peu, elle marche plus tout à fait droit sur ses talons hauts. Mais ça va. Elle se retrouve au milieu d’un groupe de gens qu’elle connait pas trop et tout le monde a remarqué le petit jeu qui s’organisait autour d’elle et comment ça rendait fière la môme. On commence à la chambrer, rapport au fait qu’elle est bonasse et aussi qu’elle a l’air d’avoir le feu au cul. Les répliques fusent et elle comprend pas tout. Comme si son cerveau tournait au ralenti. Mais elle capte quand le mec Jules il arrive. Il la regarde de bas en haut et ça lui monte direct au cerveau comme un shoot de poppers. Putain, il a envie de la baiser, ses yeux puent ça. Il dit un truc, rapport à son cul. Qu’il serait bon à prendre en levrette. Les seuls mots qu’elle comprend ce sont ceux qui sortent de sa bouche à lui. Donc ça elle a bien compris. Il lui demande de se tourner pour voir. Et elle se tourne. Et il demande s’il est bien ferme. Alors elle le laisse le pincer. Et puis elle lui sourit. Et lui il dit comme ça qu’il lui en ficherait bien un coup. Il dit ça en regardant ses pieds, avec sa voix très grave et il crache par terre.
Je sais pas trop comment elle va rentrer chez elle ce soir Arlette. Est-ce qu’elle va baiser le gars Jules ou bien se dégoter un petit jeune de son âge ? Est-ce qu’elle va mettre la pédale douce sur l’alcool pour ce soir ou continuer jusqu’à vomir ses tripes sur le trottoir ? Je suis pas sure de savoir dans quelle humeur elle est, si elle a bien conscience de ce qui se passe, si Jules, lui, il a vraiment envie de la baiser ou si c’est juste une idée comme ça…
Mademoiselle Sarah